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Hommage à Ida et Jean PAIN « Un autre jardin »

Posted by Corinne Doublat
Corinne Doublat
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le vendredi, 15 septembre 2017 dans Bio Consom'Acteurs Provence Accueil

Texte en Hommage à Ida PAIN (1935-2017) auteur du best-seller « UN AUTRE JARDIN » et Jean PAIN (1928-1981) créateur d’une méthode de culture naturelle à base de compost de matière cellulosique

Le samedi 9 septembre 2017 Madame Ida PAIN décédait à l’âge de 82 ans à l’Hôpital de Draguignan. Avant de prendre sa retraite aux Arcs, elle forma depuis les années 60 avec son époux Jean PAIN un couple fusionnel qui a consacré sa vie à la sauvegarde de la forêt méditerranéenne et à la création d’une méthode agriculturale reposant sur la fertilité originelle des sols.

Ida et Jean PAIN

Ida et Jean Pain

 

Qui mieux que leur neveu Etienne Bonvallet, qui perpétue leur œuvre au sein de « l’Équipe Jean Pain » notamment en fabriquant des broyeurs, pour relater une histoire hors du commun (*) qui a valu à Jean PAIN d’être élevé au grade de Chevalier du Mérite agricole et à Ida PAIN d’écrire l’ouvrage de renommée mondiale « Un autre jardin » ré-édité huit fois et traduit en quatre langues (**) :

«  Jean PAIN, expérimentateur et curieux.

« C'est en 1964 que Jean PAIN et son épouse Ida s'installent au « Domaine des Templiers » à Villecroze dans le Var dans le sud de la France. Ils ont en charge le gardiennage de ce domaine de 240 hectares. En contre partie ils peuvent utiliser leur environnement pour produire leur nourriture. Ils se donnent pour objectif de vivre au plus près de la nature qui les entoure.

Ils commencent diverses cultures et élèvent un petit troupeau de chèvres qui leur apportera le nécessaire à une vie acceptable en ces lieux.

Jean PAIN homme curieux par excellence se lancera dans toutes sortes d'expériences, toutes aussi extraordinaires les unes que les autres.

Il « cultivera » du chiendent, il « élèvera des courtilières », etc. ....

Toutes ces expériences ne sont pas réalisées par hasard, mais pour satisfaire sa soif de connaissance.

Il commencera par diriger son troupeau de chèvres d'une manière particulière.

Il décidera, par exemple de ne plus faire « porter » ses chèvres, ou bien de ne plus les garder, ..... mais ça c'est une autre histoire !

Donc Ida et Jean PAIN cultivent leur jardin et « élèvent des chèvres ». Comme Jean PAIN souhaite que ses chèvres soient en excellente santé, il apporte un soin tout particulier à leur litière et consomme beaucoup de paille. Cette litière est bien entendu transformée en compost et ce compost utilisé pour fertiliser leurs cultures.

Seulement la paille représente un coût trop important pour son maigre budget.

 

Une idée lumineuse.

Jean PAIN décide un jour d'utiliser les petites broussailles environnantes qui ne coûtent que l'effort pour les ramasser, et remplace petit à petit la paille.

Lorsqu'il utilise cette nouvelle litière compostée sur ses cultures, il remarque une nette amélioration de celles-ci.

Lors de ses réflexions, assis seul sur un rocher au milieu de cette forêt méditerranéenne, il se demande comment cette forêt se développe sur des sols aussi pauvres.

Et si c'étaient les brindilles, les feuilles, les aiguilles, toutes ces matières issues de cette broussaille qui étaient à l'origine de la fertilité forestière ?

Et si c'était l'apport de ces broussailles dans la litière de ses chèvres qui générait un plus à ses cultures ?

Il décide à ce moment de réaliser un compost constitué exclusivement de petites broussailles récoltées en sous-bois.

Malheureusement les méthodes de compostage qui lui ont été enseignées par de nombreuses lectures spécialisées ne permettent pas de réaliser un compostage acceptable.

C'est après de nombreuses expériences et tâtonnements que finalement il réussit pour la première fois à réaliser un compost constitué exclusivement de broussailles et d'eau.

Il ne sait pas encore qu'il vient d'inventer un compost extraordinaire aux capacités fantastiques.

 

Des résultats à valider.

Nous sommes en 1969 lorsque Jean PAIN applique sur son jardin, pour la première fois, du « Compost de Broussailles » qu'il vient de fabriquer.

Les résultats sont spectaculaires et étonnent les quelques personnes venant le visiter pour acheter ses fromages de chèvres qui sont quant à eux de véritables chefs-d'œuvre gastronomiques.

Parmi ces visiteurs figure Henri STEHLÉ, directeur de recherche à la station de l'Institut National de Recherche Agronomique (INRA) d'Antibes. (***)

Depuis quelques années Henri STEHLÉ passe beaucoup de temps, lors de ses visites, à discuter d'agronomie avec Jean PAIN. C'est lui qui apportera à Jean PAIN toute la littérature officielle à ce sujet. Cela permettra à Jean PAIN d'accéder à la connaissance de tout Ingénieur Agronome.

Henri STEHLÉ est bien entendu très étonné des résultats que Jean PAIN a obtenus avec cette première application de « Compost de Broussailles ».

Mais, en scientifique confirmé, il fait gentiment remarquer que la qualité du sol sur lequel Jean PAIN avait installé son jardin n'était peut-être pas étrangère aux résultats stupéfiants obtenus; de plus, ces résultats exceptionnels pouvaient-ils être reproduits ailleurs ?

Là, l'amour-propre de Jean PAIN est quelque peu froissé.

 

Un jardin sur un rocher brûlant.

Il décide alors de rechercher sur le domaine un endroit où seul l'effet de son compost sera mis en évidence.

Et c'est en 1970 que Jean PAIN décide d'installer un jardin expérimental sur un endroit élevé du domaine où rien ne pousse, brûlé de soleil en été et où l'eau n'est pas présente naturellement.

Nous sommes au sommet d'une colline. 200 à 300 m² sont nus de toute végétation. Le sol est un sable dolomitique qui sera déclaré par l'analyse totalement impropre à toute culture. Pas d'eau disponible.

L'emplacement sera juste dégagé des gros cailloux pouvant gêner les cultures et une petite quantité de compost bien mûr sera mélangé avec les premiers centimètres du sol.

7 centimètres de « Compost de Broussailles » jeune seront étalés et recouverts de 10 cm d'herbes sèches.

Comme nous sommes au milieu du maquis, il est nécessaire d'entourer le jardin d'une barrière solide pour que les futures récoltes ne soient pas consommées par la faune sauvage et les chèvres de Jean PAIN qui paissent en totale liberté.

Dès la première année, les résultats sont ceux espérés.

Les légumes se développent avec harmonie et la production est au rendez-vous.

Une production digne d'un jardin de fond de vallon richement entretenu !!

Et pourtant ici pas d'arrosage, pas de désherbage, pas de traitement d'aucune sorte, pas de travaux des sols, juste du « Compost de broussailles », des semis, des plantations et ...... des récoltes.

Jean PAIN est satisfait de son expérience et tout cela aurait pu en rester là, car Jean PAIN n'est pas homme à devoir gravir tous les jours la colline pour récolter les légumes qu'il souhaite consommer.

 

La notoriété.

Seulement voilà qu'un jour un journaliste du Petit Provençal le croise sur le sentier qui descend aux vieux bâtiments érigés par les Templiers au XIIème siècle avec pour espoir d'obtenir de Jean PAIN l'autorisation de faire un article sur ses célèbres prédécesseurs.

Jean PAIN lui signifie qu'il n'y est pas opposé mais que pour l'instant, en ce milieu de journée chaude de l'été 1970, il a des « relevés » à faire dans la colline.

Le journaliste n'ayant d'autres activités immédiates accompagne Jean PAIN.

Après quelques minutes de sentier pentu les deux hommes débouchent sur ce sommet de colline où rayonne le jardin de Jean PAIN et où les légumes débordent de la barrière.

Le journaliste, qui est aussi un jardinier chevronné, est complètement ébahi de cette vision et comprend bien vite que ce jardin recèle quelques secrets.

Dès les premières explications de Jean PAIN son reportage initial est oublié et ce sera un article sur le jardin extraordinaire de Jean PAIN qu'il publiera quelques jours plus tard.

Cet article aura l'effet d'une bombe et sera le point de départ d'une formidable aventure.

Jean PAIN qui pensait avoir trouvé sérénité et quiétude dans son nouvel emploi va devenir l'un des hommes les plus médiatisés de la région dans les années 70.

Quelques jours après cet article c'est le rédacteur en chef de l'agence NICE MATIN de Draguignan qui vient faire un article conséquent sur le jardin de Jean PAIN et sur son expérience.

Les « METHODES JEAN PAIN » sont nées.

A partir de ce moment c'est un défilé de visiteurs qui vont se succéder sur le domaine pour voir ce jardin extraordinaire. Jean PAIN sera même obligé d'instaurer un jour unique de visite par mois. Il entretiendra ce jardin de 1970 à 1980. »

°°°°°°°

 

Rappelons pour notre réflexion collective la phrase de Jean PAIN qui figure en exergue de l’ouvrage d’Ida PAIN :

«  La reforestation sera le signe et l’œuvre
de l’authentique civilisation ».

Elle prend une résonance très forte à l’heure des incendies dévastateurs que subit la forêt méditerranéenne, de la déforestation massive de la forêt amazonienne,  et de la lutte contre le réchauffement climatique …

 

Bernard Astruc
Président de BioConsomActeurs Paca France
Agro-bio-écologiste depuis les années 70

 

Renvois :

(*) extrait du site http://www.jean-pain.com/

(**) l’ouvrage « Un autre jardin » est en vente sur http://www.jean-pain.com/mjp.php

(***) article de Bernard ASTRUC sur Henri STEHLÉ auteur de la préface de l’ouvrage « Un autre jardin » à lire sur https://www.bioconsomacteursprovence.com/entry/un-autre-jardin-d-ida-et-jean-pain.html

 

Un autre jardin d'Ida et Jean Pain

 

Var Matin 19 septembre 2017

 

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Invité dimanche, 22 octobre 2017